À propos des OFP

Le mot du Président
Malgré les incertitudes politiques françaises, le ralentissement économique, les fermetures de lignes provoquées par des aléas météorologiques ou des accidents géologiques, l’année 2025 a vu une augmentation du trafic de fret ferroviaire en millions de tonnes.km.
Une appétence nouvelle des industriels et des chargeurs pour le fret ferroviaire semble se dessiner et elle devrait être confortée en 2026.
SNCF Réseau annonce une dizaine de nouveaux trafics pour cette année ainsi que la mise en service de nouveaux terminaux.
Tout cela n’est certainement pas la conséquence du hasard. Le dialogue constructif entre l’Etat, SNCF Réseau et les parties prenantes du secteur ferroviaire porte manifestement ses fruits et la qualité de service s’améliore globalement donnant ainsi une confiance nouvelle aux clients du secteur.
Le programme des certificats d’économie d’énergie ReMoVe (pour lequel votre association est très engagée) concoure aussi à favoriser le report modal vers des solutions logistiques réduisant les consommations d’énergie.
Cette éclaircie au niveau des trafics nationaux sur le réseau structurant ne doit toutefois pas cacher les difficultés rencontrées sur le réseau secondaire ainsi que sur les lignes capillaires. Certaines sont en danger de fermeture sous un à deux ans, faute d’accords trouvés pour le financement de leur régénération. De même, si certaines lignes ont pu bénéficier de travaux d’urgence, la pérennité des trafics ne reste assurée que pour les quatre à cinq années qui viennent.
Lors de notre rencontre annuelle de novembre dernier, le ministre des Transports avait annoncé le dépôt d’un projet de loi-cadre relatif au développement des transports. Ce projet est dorénavant connu mais dans son exposé des motifs, ne mentionne pas les conclusions du rapport Ulysse fret, indiquant la nécessité d’investir un complément de 4,5 milliards d’euros pour la conservation du réseau ferroviaire actuel.
De même, il n’aborde pas le financement de la régénération des LDFT souvent bloqué par certaines Régions peu réceptives au fret ferroviaire.
Pour toutes ces raisons, nous serons très vigilants sur ces points afin de défendre les intérêts de nos adhérents auprès des instances nationales et régionales pour que soient pris en compte le fret ferroviaire de proximité desservant les territoires, les ports maritimes et fluviaux, le développement de nouveaux OFP ainsi que la nécessaire complémentarité des modes de transport par le développement des terminaux intermodaux.
Philippe FRANCOIS
Les origines
Dans les ports alors que les flux maritimes sont massifs, la part du rail dans les transports terrestres est faible, ce qui nuit à leur compétitivité, à leur attractivité, à la qualité des liens avec leur hinterland. Dans les territoires, le transport ferroviaire a été contraint de se désengager des envois par lots de wagons ou d’en augmenter le coût pour les clients. Or la satisfaction de ces envois, de toutes tailles, qualifiés improprement de wagons « isolés », est vitale pour certains secteurs (chimie en particulier). De plus des liaisons de trains complets sur des courtes distances, des services locaux (manœuvre sur des plateformes multimodales, entretien de matériels roulants) ne sont pas toujours satisfaits au moindre coût?
L'entretien des lignes capillaires et des infrastructures portuaires peut être optimisé par des entreprises locales dégageant des synergies entre leurs différentes activité ferroviaires.
Le rail doit donc conquérir de nouveaux espaces de compétitivité dans les ports et les territoires, afin de mieux répondre au besoin d’intermodalité qui naît du développement même de la route. Ces éléments avaient été perçus dès la fin des années 2000 (1) et (2) et ont été la base des efforts en faveur du développement des OFP.
(1) J. Chauvineau - OFP - 2005
(2) J. Chauvineau - O. Metge - Les OFP 2008 - A retouver dans notre onglet "ressources"
Les OFP : Comment ?
Dès 2009, l'engagement national pour le fret ferroviaire, a fixé l’objectif de développer des Opérateurs Ferroviaires de Proximité (3).
Cette politique a été confirmée par tous les gouvernements successifs, par exemple « L’Etat et les Collectivités Territoriales soutiennent les Opérateurs Ferroviaires de Proximité, qui ont vocation à traiter les trafics diffus ainsi que les infrastructures capillaires dans des conditions économiques, d’efficacité et de sécurité particulièrement compétitives. » Feuille de route de la Conférence environnementale, présentée par Manuel Vals et Ségolène Royal le 5 février 2015 (§ 35 - e/).
Ces acteurs existent dans d’autres pays, et ils sont rentables. En Allemagne, au Canada, aux USA, ils drainent dans les territoires jusqu’à 25% du tonnage transporté par les entreprises nationales.
Le concept est simple : rassembler les envois diffus (lots de wagons, conteneurs ou caisses mobiles) de divers clients (industriels embranchés, ports, plateformes multimodales) pour constituer des convois ferroviaires multi clients massifiés, chaque client bénéficiant de la productivité née de cette « massification ». C’est l’équivalent ferroviaire du groupage/dégroupage routier.
Cette optimisation des parcours territoriaux, combiné avec une offre adaptée de services logistiques et à de l’acheminement à courte, voire à longue distance de trains complets (si pertinent), est une des clés de la productivité et de l’avenir du transport ferroviaire.
Par ailleurs les OFP, véritables PME ferroviaires peuvent gérer et entretenir les infrastructures capillaires fret, ainsi que les infrastructures ferroviaires des ports; ils permettent une meilleure efficacité économique grâce à la sédentarité et à la poly compétence de leurs personnels.
Si le concept est simple, la mise en œuvre pose diverses questions. Tout d’abord le soutien conceptuel de l’Etat ne s’est traduit par aucune mesure active en faveur des OFP naissants et le contexte règlementaire et opérationnel dans lequel ils doivent se développer est très défavorable aux PME ferroviaire. Cependant au bout de 10 ans d’efforts les OFP traitent environ 10% des tonnages du fret ferroviaire (4).
(3) L. Dablanc - Quel fret ferroviaire de proximité- A retouver dans notre onglet "ressources"
(4) A. Thinières - Les OFP : Développement et modèle économique- A retouver dans notre onglet "ressources"
Des OFP adaptés aux situations locales
Le terme « Opérateur Ferroviaire de Proximité » est un concept ouvert qui n’est défini par aucun statut ou règlement spécifique mais essentiellement par la différence avec une entreprise ferroviaire nationale (EF) organisée pour des trafics de trains complets à longue distance. En conséquence, il n’existe pas un modèle d’OFP universel, car chaque OFP se caractérisera en fonction du marché, du périmètre géographique et de la nature du trafic qu’il vise.
Un OFP est une entreprise (PME ou TPE) combinant des compétences logistiques et ferroviaires, éventuellement liée à des chargeurs ou des logisticiens et pouvant assurer l’une et/ou l’autre des activités suivantes :
1. Des services de transports adaptés à son territoire et ses clients (OFP-EF) :
- le groupage (ou la distribution) de lots (wagons, caisses mobiles ou conteneurs maritimes) pour constituer des (ou à partir des) trains complets traités par les EF nationales. Les lots peuvent venir (ou être à destination) de clients divers : industriels embranchés, ports maritimes ou fluviaux, plateformes multimodales. Les wagons peuvent être également assemblés (ou dégroupés) à un train de ligne qui ferait de la collecte (ou de la distribution).
- des trains complets sur des distances pertinentes, éventuellement des trafics irréguliers ou saisonniers, ou en l’absence d’offre satisfaisante des EF nationales.
A ce titre, un OFP peut offrir des services de transport sur :
- une ou plusieurs lignes du réseau ferré national (RFN) – de toutes catégories (principales, régionales ou capillaires fret)
- un réseau hors RFN, par exemple un réseau ferré portuaire (maritime ou fluvial)
- un embranchement particulier ou réseau privé
- une ligne à statut spécial (ex. Voies ferrées régionales ou métropolitaines)
2. Des services de maintenance et d’exploitation d’une infrastructure pour le compte de SNCF Réseau (ligne fret à faible trafic), d’une autorité portuaire ou d’un tiers (réseau local public ou privé. Dans ce rôle, l’OFP peut réaliser toute ou partie des fonctions suivantes sur l’infrastructure en question :
La gestion du trafic | Entretien de l’infrastructure | La gestion de la sécurité |
Développer un projet d'OFP
Les services des premiers OFP se sont développés rapidement; partis de zéro en 2011, en 2015, les OFP ont traité environ 5,3 M tonnes, en 2018, 7,3 M Tonnes, soit 9 % des tonnes et environ 4% des T. k. Ils emploient 400 personnes et exploitent 80 locomotives. (Voir la synthèse jointe ci-dessous).
Si vous envisagez de créer un OFP, vous pouvez vous renseigner auprès d'Objectif OFP ou de l'un de ses membres, mais il faut bien noter que depuis 2016 aucun OFP ne s’est créé en France, compte tenu de la situation du fret ferroviaire et des difficultés propres à des PME en milieu ferroviaire.
Les OFP existants se développent régulièrement, mais ils sont tous adossés à un groupe souvent PME lui-même mais leur donnant une assise plus large.
Le processus de développement d’un projet d’OFP est toujours spécifique mais on peut généralement distinguer les phases suivantes :
- Constitution d’un noyau d’acteurs intéressés et disposés à s’investir dans la création d’une société qui réunit généralement des compétences logistiques et de transport, et des compétences ferroviaires, idéalement avec accord ou participation des chargeurs les plus concernés ;
- Etablissement d’études préliminaires, lancées à l’initiative d’organisations publiques ou consulaires (DREAL, CCI, Région, Autorité Portuaire ou autre), généralement associées et en partenariat avec SNCF Réseau (Direction Régionale concernée) ; le but est d’analyser globalement sur un territoire ou un Port les besoins de transport de fret ferroviaire, de faire émerger les acteurs économiques intéressés et d’examiner la pertinence et les modes possibles de création d’un OFP. Mais il va de soi qu’un acteur privé peut aussi se faire une idée du marché en prenant appui sur les acteurs publics précités ;
- Etablissement des études opérationnelles et financières détaillées et lancement de la procédure d’obtention de la licence d’entreprise ferroviaire et du certificat de sécurité ;
- Montage de la société et de son organisation opérationnelle ;
- Lancement d’une première exploitation sur un trafic « socle » ;
- Montée en volume et en gamme de services.
Pour développer votre projet, consultez le Guide "Comment créer un OFP", établi par Objectif OFP avec la participation et le soutien du MEDDE et le soutien financier de l'ADEME dans le cadre des investissements d'avenir, et la thèse établie par Touby Vang dans le cadre du Mastère ferroviaire, qui contient d'intéressantes données économiques.
